Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

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LES CHEFS-D'OEUVRE DU 21é SIECLE : ALPHABET

LES CHEFS-D'OEUVRE DU 21é SIECLE : ALPHABET

Philippe Jaffeux : un poète sur le place des nombres

 

Après plusieurs entrées dans le labyrinthe d'Alphabet, sans qu'aucun fil d'Ariane -unicursal -ait pu physiquement et m'ait mentalement résolue à définitivement en sortir, je souhaiterais ici en exprimer certaines impressions persistantes de lectures. Pour reprendre infidèlement Jean- Luc Godard, on ne s'exprime qu'à partir de ce qui nous imprime...Et il est notoire que cet immense opus de forma A4 de Jaffeux, constitué de pas moins de 394 pages et dont la densité ajoute au volume linéaire, invite à la relecture, le lecteur se  retrouvant tel passant devant le sphinx pour tenter d'en résoudre l'énigme. Or une réponse à l'énigme, dans l'œuvre monstrueuse de Jaffeux, ne saurait être unique, puisque induite par une multitude et une diversité de questions. La récompense d'une approche d'élucidation pourrait bien éclairer qui aura défié "le monstre" en l'élevant du "vertige lucide" où les livres d'emblée le précipitent ("Les livres de Philippe Jaffeux précipitent leur lecteur dans un vertige lucide² ").

            Le 29 mars 2017, Christophe Esnault écrit, dans Poezibao, à propos d'Entre tout juste paru aux éditions LansKine: "Passez deux semaines d'immersion dans Alphabet (une véritable expérience) et il se peut que vous ayez vous aussi les doigts électrisés par une urgences à témoigner ou à offrir votre vision (d'un choc esthétique, d'un dé-lire et d'une démesure...)."

Explorer en outre un tel labyrinthe suppose impasses, fausses pistes, une pluralité d'embranchements perdant ou égarant un temps celui qui cherche à se déplacer. En latin, labyrinthus signifie " enclos de bâtiments dont il est difficile de trouver l'issue". La complexité de l'œuvre jaffeuxienne implique la possibilité de s'y perdre. Seul compte, évidemment, le cheminement. Forme canonique de l'expérimentation de l'espace ou de la mise en espace (par la lettre, l'écriture), le labyrinthe ici, non unicursal comme l'était le labyrinthe de la mythologie grecque, est bien en rhizome, labyrinthe hermétique où chaque voie, constituée elle-même d'un réseau enlacé et infinies de pistes, peut être la bonne suivi de bon gré, nœud actif d'où se déroulent interprétations, hypothèses, formes, sens, hasards ( "hasart " écrit Philippe Jaffeux).

I.

Qualifier Philippe Jaffeux de poète en place des nombres n'est-il pas impropre, voire ne constitue-t-il pas un contre-sens ? Comment peut-on dire de l'auteur d'Alphabet qu'il accorde une place privilégiée aux nombres par rapport aux lettres ? N'oublions pas que Philippe Jaffeux écrit avec l'aide d'un dictaphone et d'un logiciel de reconnaissance vocale; ses outils de travail sont l'ordinateur et la voix; son œuvre est parole(s) en fractales créatives où la subjectivité de l'auteur au fondement de l'Alphabet se projette dans un espace qui par sa structure ouverte et vertigineuse libère un logos poétique de manière objective. Son aura créative vient de son labyrinthe hermétique pour-suivi, ni filaire comme le labyrinthe unicursal de la mythologie classique, ni arbre binaire de type de celui des grammairiens et des informaticiens et qui inclut par ses variables booléennes une rationalité immanente incluant la bipolarité vérité / fausseté. Le labyrinthe hermétique déroulé par l'œuvre jaffeuxienne refuse toute vérité, sa créativité déroule des voies imprévues, étonnantes, instables, libère un réseau interconnecté de parole(s) où les lettres et les nombres n'abolissent pas le "hasart" bien que jeté immanquablement dans la dimension labyrinthique.

            Jaffeux, écrivant à l'aide de l'ordinateur, utilise un outil de travail pour lequel les lettres sont avant tout des nombres. les 15 lettres d'Alphabet ont été construites grâce à un flux électrique. Lettres de conversion à partir de(s) nombres créateurs d'un monde incréé; lettres plutôt que mots produisant -comme le flux énergétique produit l'électricité- une écriture nouvelle, imprévisible.

            De cette place incontournable occupée par les nombres, s'ensuit une magie de cet "alphabet de l'électricité". Alphabet d'avant l'écriture de la lettre, puisqu'il propose le flux électrique des lettres perçues avant tout comme des images et des nombres; alphabet cosmique puisqu'il brasse le monde à hauteur d'une humanité qui serait débarrassée de son pesant d'égo puisqu'il est porté et traversé par une énergie telle qu'elle peut se diffuser dans des forces électromagnétique, cosmiques voire divines; alphabet cinétique et du chaos : "le chaos est la seul ressource", écrit Jaffeux, "qui nous permette de retrouver et d'intégrer le fond évasif et indifférencié d'avant la séparation. Le chaos pourrait-il évoquer le monde indéterminé, ineffable et indistinct du tao, là où n'interviennent plus l'ego, l'intelligence séparatrice et la conscience intentionnelle ? " Comme l'écrit Jean-Paul Gavard-Perret, " La poésie touche (ici) à la matière même de l'écriture dont le rapport secret emprunte le moins possible aux accidents du biographique. " Elle est autant une science de la nature qu'une expérimentation du langage" ²

            Mis en mouvement par le moteur-ordinateur et la cinétique d'un labyrinthe spatio-cérébral, la "monstrueuse machination" de l'écriture ici en cours révèle de multiples paradoxes constructifs:

            - Créé et mû par un "processus de construction et d'association mentales très réactif ", le monde d'Alphabet est tout à la fois porté par l'instantanéité de la vitesse de l'énergie électrique ET par une réflexivité puisque sa signification émerge à la fois de représentations conceptuelles et d'images perceptuelles aigües. Les cinq sens du systèmes nerveux, l'idéation, et le cerveau de l'ordinateur coopèrent à la construction de ce vaste édifice. Et ceci dans une fulgurance de l'instant conceptualisé par une mise en réflexion fulgurante.

            - Ce processus de construction intuitif et conceptuel, d'une signification perceptuelle aigüe, procède dans le même temps à une déconstruction textuelle du texte par l'ordinateur.

            - L'interactivité expérimentée par le lecteur dans sa connexion à ce monde le place simultanément dans une zone de liberté où le livre devient le sien, mais où la possibilité d'une absence de fonctionnement dans le contrat signé avec l'auteur inquiète également son approche. La liberté du lecteur se joue ici dans un cadre de création hors norme, hors consensus, puisque l'écriture en est nouvelle: inédite. Si le contrat est bien signé avec l'auteur, l'entrée du lecteur dans Alphabet ouvre des champs d'appropriation et d'interprétation infinis que le lecteur peut explorer à l'envi. Libre, le lecteur fera comme sien cet alphabet, lequel exigera cependant la vigilance demandée par une littérature de contraintes. Nous connaissons ce que Baudelaire a majestueusement exprimé dans son petit poème en prose sur le cadre d'un tableau: " La liberté (de l'Imagination) commencent là où s'arrêtent les limites matérielles du tableau".

- Expérimentant un outil contemporain utilisé par le plus grand nombre (l'ordinateur qui met en œuvre les Nouvelles Technologies), Alphabet délivre cependant un message inédit et singulier.

            Mais, ces tensions investies dans la mise en œuvre de cet Alphabet ne sont-elles pas analogues à celles des flux électrique parcourant notre monde, des forces électromagnétiques innervant nos systèmes de pensée et de fonctionnement, traversant la complexité d'une nature et d'un univers régis par le déterminisme et le "hasart" (distorsion orthographique voulue par l'auteur) ? Cet alphabet de l'électricité va / fonctionne comme le monde en ses lois et aléas empiriques, il le transcende en le transposant sur nos pages de lectures par la voie de la création.

            Alphabet ou l'odyssée d'un monde

            Livre-Monde, Livre-"monstre ", Alphabet pourrait ainsi se caractériser par sa qualité de livre hors normes.

            Livre à la fabrication non moins "monstre" : Alphabet a été écrit sur du papier 100 g et sur un format 21 x 29,7 cm entraînant un poids des pages mesuré sur une impression en recto-seul ainsi que des mesures de longueur ne correspondant pas aux normes éditoriales officiellement pratiquées, habituellement appliquées. Livre-Défi donc.

            Une page peut contenir, si l'on extrait pour exemple la page (non numérotée) U de D comme entretien? , 16 cm de mots en largeur, 25 cm en longueur avec pas moins de 52 lignes ouvertes en l'occurrence par l'anaphore d'une tournure interrogative non ponctuée dans sa réponse par un point final - la ponctuation finale "(...)" n'étant utilisée que pour clôturer l'abécédaire structurant cet entretien, et annoncer la lettre E.

            Exemples de signes particuliers: "La lettre D s'intitule "Entretien ?" car elle contient 676 questions classées dans l'ordres alphabétique" ; "La disparition des majuscules sur les deux dernières lignes de la page Z "

            Cette conception hors norme attirera-t-elle une curiosité elle-même hors norme ? Cet

Alphabet pourra-t-il attirer dans son flux électrique un lectorat plus large que celui regroupant les expérimentateurs d'un langage mutant et en perpétuelle évolution ? Déjà les dispositifs visuels comme ceux de E (Zen...), ou de M (=17 576) pourront-ils attiser l'intérêt d'un nombre notable de curieux...

Peut-être que la lecture de la gestion et de l'accouchement d'une écriture actée (et comme en images) pourra-t-elle dessiller les yeux de ceux qui seraient tentés par nature de ne pas affronter cet Alphabet colossal? Ainsi, extrait des vingt-six lignes composant la lettre A de l'abécédaire dansant de B (suite) :

            "- un océan d'octets dérive sous une île rectangulaire tandis qu'une encre flotte grâce au poids d'un papier vague (= 1 ligne)

            - un flot de cimes rouges surplombe une plage verte pour déployer la vision illisible de notre territoire chatoyant " (= 1 ligne)

            Livre-monstre en son poids et en sa grandeur, peu propices au transport. Lisible exclusivement (vœu de son auteur) sur support papier (dont la texture est particulièrement tangible), cet Alphabet pèse son poids de pages. Que les passionnés prévoient donc en cas de transport dudit livre un kilo sept cent cinquante grammes de charge supplémentaire dans leurs bagages !

            Livre encyclopédique réunissant et entremêlant pour les enrichir savoirs et perceptions. Livre-océanique brassant "un océan d'octets" et l'encre de ses pages en une navigation multi-voiles pour tracer les autres lignes de notre "territoire chatoyant". Odyssée alphabétique dérivant au gré de courants incontrôlables et contrôlés, condensé conceptuel et hyper-perceptuel d'une exploration vaste à hauteur d'humanité, actes de Langage, univers intégral immédiat traversé de contingences détraquées, Expérience Littéraire cosmique et mythologique - Alphabet est tout cela à la fois, en son unité globalisante transcendante par sa geste créative toute pensée systémique.

[En guise de conclusion provisoire...]

            Cosmogonie? Alphabet mythologique? Nouvelle aire d'une écriture mutante?

            L'écriture de Philippe Jaffeux instaure à coup sûr un nouvel espace sémiotique, une nouvelle épistémologie dans la perspective d'une ligne de fuite machinique mettant en œuvre un total champ poétique expérimental. A l'instar du modèle descriptif et épistémologique constitué par le rhizome dans la théorie philosophique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, dans lequel l'organisation des éléments ne suit pas une ligne de subordination hiérarchique, mais où tout élément peut affecter ou influencer tout autre.

            C'est pourquoi Alphabet s'inscrit dans le champ d'exploration à la fois du poétique, de la philosophie sociale, de la sémiotique, de l'épistémologie et de la théorie de la communication contemporaine. Il s'agit d'en souligner l'absolue singularité.

II.

Me replongeant dans l'Alphabet de Philippe Jaffeux sans jamais l'avoir vraiment quitté, de nouveaux questionnements surgissent, dont je dépose les bribes ci-dessous.

Dans un entretien avec Emmanuèle Jawad sur Libr-critique, Jaffeux affirme:

"Comme dans le Zohar, les lettres précèdent la création de l'univers et induisent donc celle de l'homme et de la parole. Dans le même ordre d'idée, je pense que les lettres furent d'abord des traces, des dessins, des gestes qui précédèrent et déterminèrent l'apparition de la parole. Contrairement aux idéogrammes, aux hiéroglyphes, aux lettres arabes ou hébraïques, notre alphabet phonétique et utilitaire, domestiqué par nos paroles, a perdu toute relation avec le sacré. Mes efforts consistent souvent à me déporter dans les marges de l'écriture afin de révéler l'illisible et l'inhumain. Dans un monde séparé du cosmos, mon écriture a besoin de basculer dans l'irrationnel et le divin. Le monstrueux et la démesure peuvent aussi contrecarrer cette carence. J'écoute la conscience de mon inconscient afin de venir à bout de la raison raisonnante, de la glose, des ratiocinations, de la pensée réflexive... Écrire Alphabet est aussi un moyen de révéler ce qui n'est pas lisible..."

L'Alphabet serait-il comme une réécriture de notre alphabet phonétique et utilitaire, réécriture immergée dans une dimension du sacré, absente de notre alphabet dit latin, résultat lui, selon un ordre conventionnel, de la translation de la forme orale à la forme écrite, avec l'emploi de caractères correspondant théoriquement aux sons?

            Une réécriture donc, qui signerait l'émergence d'un monde post-humain, révélé par un regard inédit ? Émergence par ailleurs inscrite dans le contexte du jaillissement, de l'irruption, et de la large diffusion des Nouvelles Technologies de la Communication et de l'ordinateur. Ou...

            Les lettres qui précèdent la création de l'univers et qui induisent celle de l'homme et de sa parole, ces lettres ne sont-elles pas fondamentalement liées au mystère cosmique, à sa démesure comme à sa logique de fonctionnement, à l'irrationnel, au divin, au monstrueux aussi?

            "(Se) déportant dans les marges de l'écriture", écoutant "La conscience de (son) inconscient ", le poète n'utilise pas le schème d'écriture normatifs, les cadres logiques qui composent les repères de nos esprits cartésiens. Une mythanalyse du Verbe se met en mouvement, à gauche à droite, en haut en bas, concrétions noires et significatives dans la lumière de la page blanche -au-delà de l'Ego, de façon impersonnelle, dans une réécriture poétique qui façonne un monde redécouvert dans sa densité intérieure.

            La richesse, la densité, l'opacité de l'Alphabet de Jaffeux sont prêts à s'ouvrir à tout lecteur intéressé. Les commentaires qui se multiplient à son sujet, et se complètent, apparaissent comme des éclairages primitifs préparant à la compréhension finale (globale?) de l'œuvre. Ésotérique, Alphabet nécessite que des éclaireurs ouvrent la voie de ses explorations pour guider le lecteur dans la découverte du texte.

            Lire cette "tentative de numérisation poétique et impersonnelle de l'alphabet" exige une attention et une méthode, des éclaircissement pour l'ap-préhension et la com-préhension de l'authenticité de ses messages.

            Quel lecteur pour Alphabet?

             Une voie de décryptage doit sans doute être cherchée. Même si le prisme des interprétations plurielles est ouvert, une appréhension de juste milieu pour une meilleure compréhension doit sans aucun doute être cherchée. Comme une personne qui, en lisant les mots du texte, remplacerait les symboles extérieurs des lettres par leur force intérieure -ici avant tout des nombres-, pour ne plus faire qu'un avec le texte. Ainsi le lecteur ne ferait plus qu'un avec l'auteur, investissant un monde sien, mais devenu lisible par la rencontre des deux acteurs: l'auteur et lui, le lecteur. Le lecteur avec l'auteur.

            Est-ce à dire que le lecteur capable de lire le Livre Alphabet ressentira les mêmes impressions que l'auteur éprouve quand il écrivit son Livre? Combien de temps prendra cette initiation? Un temps relatif, certainement. Mais éprouvé dans un temps de juste milieu, probablement, afin que l'attention portée par la lecture soit retenue, soutenue; ni trop étendu donc, mais pas non plus trop rapide pour qu'une véritable rencontre puisse surgir et s'instaurer, ou : la totalité globalisante mais non systémique, et poétique, de l'Alphabet.

III. Quelques dernières pistes à propos d'Alphabet

            1/ Que met au jour l'immense travail opéré au niveau de la lettre -issue du nombre- dans l'Alphabet de Jaffeux ?

            2/ Que donne à voir ici cette "expérience radicale" (voir Jean-Jacques Nuel dans son article sur son blog http://www.nuel.hautetfort.com) exercée sur l'aire de jeu du papier blanc - 22 x 29,7 cm - sur la matière formelle de la langue?

            3/ Quelles résonances trouve-t-on sur le plan de notre approche du réel, du cosmos? Et sur le plan moral? Et sur le plan métaphysique ou "mythanalytique" (comme dit Laurent

Soccavo sur son site "Prospective du Livre" ).

            Lorsque Jaffeux affirme tenter de traduire, par un regard inédit exercé sur la matière du Langage et ses lois mécaniques, "le lyrisme de l'électricité" produisant ces octets liés au nombre et aboutissant à la lettre, mis à jour par l'outil-ordinateur-il affirme aussi le caractère foncièrement "poétique" de son entreprise. En effet, Alphabet ne saurait être lui-même généré par la numérisation textuelle d'un cerveau d'ordinateur qui serait l'Ordonnateur du texte. Aucun ordinateur, si puissant soit-il, ne pourrait en l'occurrence engendrer la sémantique de l'écart opéré par un tour d'esprit humoristique présent dans cet œuvre. Philippe Jaffeux  rejoint davantage la démarche d'un Pythagore pour lequel le nombre constituait un modèle au sens d'un Idéal. Ainsi, l'auteur d'Alphabet "(se) déporte (-t-il) dans les marges de l'écriture afin de révéler l'illisible", ou tout du moins "tout ce qui n'est pas lisible". Nous nous retrouvons alors hors des cadres logiques repérables de notre pensée, face à une œuvre hors norme qui nous interroge, - à l'instar de celle d'Artaud, inquiétante - et qui jette le trouble sur les chemins déjà tracés de nos certitudes...

En guise de conclusion

            La valeur de l'œuvre en cours de Philippe Jaffeux - depuis Alphabet, en passant, entre autres, par les Courants blancs, Écrit parlé son entretien avec Béatrice Machet, jusqu'à Entre édité chez LansKine en 2017 - est devenue, pour nous ses lecteurs engagés avec l'auteur dans cette gigantesque entreprise ontologique et cognitif, une question de métaphysique.

            Quelle nouvelle réalité émerge ici, qui appartienne au répertoire de nos consciences? Jaffeux rend-il compte, en les assemblant, de la diffusion d'états de conscience en plans séparés et sans rapport visible -ce qui permettrait de parler avec Jean-Paul Gavard-Perret d'un "cubisme-poétique" ? A quel(s) miroir(s) de la conscience nous renvoie l'œuvre de l'auteur d'Alphabet ? Ne nous confronte-t-elle pas dans ses hautes lignes ardemment tendues, à "l'expérience mystérieuse de la création" ? Car nous sommes bien ici au cœur du Langage, de l'ouverture battante et résonnante de ses fractales. La grandeur de l'œuvre renvoie à la réécriture d'un Alphabet du monde inspiré des nombres, fondée sur des principes d'une sagesse spirituelle séculaire et d'une recréation du Verbe. L'écriture autotélique est elle-même sujet créateur de cet opéra orchestré par un Langage ouvert sur l'univers et les cultures qui ne cessent de l'éclairer en se connectant sans cesse avec ce que Jaffeux nomme "continent intérieur inexploré". L'œuvre de Jaffeux est celle d'une "conscience cosmique" et la dimension astrale de l'écriture répond à une expérience spirituelle "sans maître ni pratique ni foi", accompagnant un processus de création au cours inachevé.

            Philippe Jaffeux serait une sorte d'astro-métaphysicien du Langage, celui qui déchiffrerait par le courant des mots les courants invisibles et imprévisibles d'un univers, d'une "cinétique d'un silence inconnu", à la syntaxe silencieuse et cependant audible, issu de l'immanence même des choses...

Murielle Compère-Demarcy 

De : Murielle Compère-Demarcy   Lancer une recherche
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Revue Tinbad n°4
5, rue des Beaux-Arts
75006 PARIS

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