Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

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I.D n° 697 bis : La marque du poète

Jouissive et exaspérante. Ainsi pourrais-je définir, un peu cavalièrement sans doute, mais non sans affection admirative, l’impression que me laisse l’œuvre, hallucinée en son lyrisme abstrait, de Philippe Jaffeux, et dont le livre le plus récent Deux (aux éditions Tinbad), qui se développe sur 230 pages, est un parfait exemple. 

Livre important aux yeux de l’auteur, assurément, vu le soin avec lequel de longue date il l’a annoncé, à travers la distribution d’extraits ici et là, dont l’un a fait l’objet d’une mise en ligne sur notre site le 12 Février 2015, sous le titre IL, premières répliques, le texte se présentant comme étant de Théâtre. Cette affirmation mérite au moins d’être discutée, comme doivent l’être les indications de mise en scène données par l’auteur, et que la plupart des commentateurs reprennent à la lettre, sans esprit critique, sans en relever l’ironie. De même qu’aucun ne signale un fait qui, si l’on s’intéresse au roman de l’écriture, aurait dû retenir l’attention : un changement de titre (ou alors, je me trompe, et il s’agit d’un étonnant texte jumeau ...), Deux s’est d’abord intitulé IL ; une co-auteur, Carole Carcillo Mesrobian, était alors fortement mise en avant, prenait même en charge la présentation de cet espace d’expérimentation, où deux voix fouillent les antres du langage pour en oser l’escapade, se libérer de son emprise et en interroger dans le même temps la capacité à produire du sens hors tout cadre référentiel. A la trappe, Carole Carcillo Mesrobian ? La question ne mérite-elle pas d’être posée ?

Poussera-t-on l’ironie jusqu’à rapprocher cette disparition de l’embryon d’intrigue à laquelle est réduit le texte dialogué entre deux voix (d’où le titre), et qui, selon l’auteur rescapé, consiste en l’évocation d’une troisième figure (IL) qui est toujours absenteUn Godot innommé, commentais-je sans plus de réflexion, en présentant naguère l’extrait inédit, mais un Godot qu’il est inutile d’attendre. Figure absente, tout en demeurant malgré tout omniprésente, si on se laisse tenter par l’évidence : « IL est l’auteur ». Et les deux voix n’ont d’autres ressources que d’échanger à son propos.

N’y a-t-il pas au bout du compte une certaine naïveté à assimiler dialogue et texte de théâtre, d’autant qu’aucun enjeu ou contradiction n’anime les échanges entre N°1 et N°2  : simplement, ça parle, et les répliques sont en réalité grandement interchangeables ( peuvent être supprimées à l’envi et peuvent aussi être disposées dans n’importe quel ordre, précise l’auteur), constituées comme tout texte de Philippe Jaffeux d’une juxtaposition de ces Courants, qu’il profère avec l’application méthodique d’un Claude Viallat multipliant les signes qui font sa signature, ou de mon ami Michel Verjux posant sur divers surfaces et supports son si reconnaissable rond de lumière. Notre théâtre est le décor d’un spectacle qui joue avec l’apparence d’une scène interprétée par son irréalité, nous assène N°1, dans une de ces formules oraculaires qui malgré tout fait notre joie.

Vu la propension des acteurs et performeurs à se saisir de textes non théâtraux pour les porter sur la scène, il n’est certes pas impossible que ce théâtre sans théâtralité soit un jour représenté : il serait beau de voir le défi relevé. Mais il s’agit d’abord d’un théâtre mental, si ce n’est un théâtre virtuel, dont le cadre de scène est bien plutôt l’écran de l’ordinateur. Et N° 2 : Notre révolte contre ses octets ordonne la soumission de son absence à une scène virtuelle. La consistance de sa blancheur se mélange avec l’intimité de son alphabet pour distiller la transparence de notre salive. Notre rencontre fait un signe à une scène abstraite car l’âme d’un sens dialogue avec des lettres écrites sous la dictée de son absence absurde. Quant aux 26 acteurs et actrices qui entrent et qui sortent de la scène par tous les côtés ainsi que du sol, du plafond et de la salle, comment ne pas reconnaître ces 26 lettres de l’obsessionnel Alphabet, auquel Philippe Jaffeux revient sans cesse ? 26 étant également le nombre de Tours que se permet son dernier texte paru aux éditions Plaine Page.

De : Claude Vercey   Lancer une recherche
Par : http://www.dechargelarevue.com
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