Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

philippejaffeux@hotmail.fr
 
 
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Le squelette du vide

Pour mettre en résonnance « les Courants » diffusés
Dans ce n°, T.Felix interroge le poète Ph.Jaffeux.

-Comment les ailes des libellules ont-elles put contaminer votre écriture ?
-Nous ne savons pas voler sur place comme les libellules mais si nous parvenons à penser contre le souffle de I ‘électricité nous pouvons rester immobiles devant une page blanche. Le battement des ailes d'une libellule s’accorde alors à celui de notre cœur pour nommer le fonctionnement d’une révolte contre une écriture stagnante. Dans le meilleur des cas, des cercles s'amusent à codifier nos enroulements dans le silence d'une libellule en devenir. La nature de l'invertébré reconstitue aussitôt le squelette du vide avant que la métamorphose de ses ailes configure nos envols vers I’unité dun alphabet transparent.
-Par quel chiffre commencez-vous à faire tomber la poussière de vos chiffons ?
-La chute de quelques chiffres inconnus peut être observée lorsque nous secouons des pages ou des ordinateurs poussiéreux. L’utilisation de chiffons en laine est néanmoins la meilleure façon de garder nos troupeaux de vingt-six lettres dans un champ électromagnétique. Grâce à l'interaction entre la consistance animale de ces chiffons et la fluidité insaisissable de la poussière, nos caractères peuvent êtres polarisés par ceux d’un alphabet imprévisible. Une tension entre une abstraction électronique et la matière d’un frottement recueille alors une description de la pesanteur sur I ‘empreinte d’un temps réversible. Des chiffres en proie à un vertige cosmique s'accordent enfin à une erreur angoissante pour se mesurer l'ivresse naturelle d'une page blanche chiffonnée.
-Existez-vous vraiment ?
-Nous existons lorsque nous utilisons la mythologie de I ‘alphabet dans le seul but d'oublier un temps superflu. L'un et le multiple habitent alors la réalité de nos émotions esthétiques ; la beauté rebondit à l'intérieur de nos pensées et nous remplaçons notre présence par le silence d'un vide exact. Nos paroles fictives se transforment en images afin que I ‘évidence de notre personnalité s’éparpille en vue d’être ravi par une discontinuité extatique. Celle-ci permet aux nombres d'interpréter nos corps avec celui des Lettres afin que nous cessions de jouer avec des ordinateurs nébuleux. Quoiqu'il en soit, exister consiste à être foudroyé par des lettres et des nombres qui révèlent l’antériorité d'un alphabet électrique sur une écriture préhistorique.

-Comment |es dentellières en arrivent-elles à perdre leurs dents ?
-L'hypothèse la plus probable est que nos dents deviendraient inutiles lorsque nous en découpons d’autres dans du tissu. II est aussi possible que I ‘apparition des pernicieux métiers à tisser à 32 fuseaux ainsi que celle des dentelles à 32 points a eu un effet défavorable sur la dentition des dentellières. Notre destin est imaginé par des nombres qui sont les seuls à pouvoir maitriser le cours du temps. Si 32 est le chiffre du jeu (cartes, pièces d’un échiquier et celles d’un ballon de football), ce nombre représente aussi la moitié des hexagrammes du Yi-King. A ce propos des surfaces textiles composées de vides et de pleins ont peut-être pu avoir une incidence sur la cavité buccale des dentellières. En attendant, nos paroles sont cousues à des nombres divins afin d'aiguiller la trame d'un alphabet précis.
-Quel est l’ouvrage qui vous mange ?
-En effet, un livre peut nous dévorer en premier si nous le mangeons lorsqu'il est froid. Le papier avalé se nourrit alors de notre parole et nous sombrons dans un mutisme total. C’est pourquoi il est recommandé, avant toutes lectures, de chauffer toutes les pages des livres en reconstituant spontanément des abécédaires avec chacune des lettres qu'ils contiennent. L’ouvrage qui a maintenant pris la forme dune multitude d’abécédaires peut être récité sans effort afin de dispenser l'énergie d'un ultime renversement mystique ; les lettres se remettront miraculeusement en place pour reconstituer enfin la forme originelle du livre.
-Que mesurez vous à chaque heure du jour et de la nuit de votre cerveau ?
-Je passe : plus de place pour le n°18 de La Passe !

 

 

Par : La Passe N°18
71 Bis Rue Philippe de Girard
75018 Paris

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