Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

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Les Ruminations

Claude Vercey
Les Ruminations

« J'écris dans l'espoir de devenir une création de mes textes » — P.J.

Il est émouvant d'être témoin et d'accompagner l'émergence d'une œuvre nouvelle, de la voir peu à peu se développer, prendre sa place et s'imposer comme une des œuvres des plus singulières de ce temps. C'est bien cette expérience, combien exaltante, que j'ai récemment vécue, avec l'irruption de Philippe Jaffeux, dont j'ai eu le privilège de faire découvrir, au fur et à mesure de son évolution, sur le site Décharge par les I.D n°359 et 359 bis d'abord, puis par l'I.D n°435, la démarche créatrice, à réception des manuscrits de ses deux principaux cycles poétiques: d'Alphabet à Courants, titre à ce jour constitué de trois séries d'égale longueur: I - La nuit ; II - le risque ; III - le chaos, auxquelles il serait certainement hasardeux d'affirmer qu'il n'y aura pas d'autres suites5
Faut-il dès lors conclure tout de go, avec Christophe Esnault, que Philippe Jaffeux est un grand poète6 ? L'appréciation peut paraître précipitée. Mais qu'on se risque dès à présent à la formuler est symptomatique, indique à quel niveau on a envie de placer l'œuvre naissante, et combien elle est perturbatrice, et intrigante et peut-être, somme toute, attendue. Car ce qui étonne, c'est l'empressement avec lequel différents acteurs du monde poétique, que séparent d'ordinaire les partis-pris artistiques, se sont emparés des pages de Philippe Jaffeux : de l'Atelier de l'Agneau Editeur à Tapages, des Cahiers de la rue Ventura à L'Igloo dans la Dune, de Boxon ou Sitaudis à Comme en Poésie ou Soleil et Cendres (et j'en oublie), avec une mention particulière au site Poïein< (Pôle de création et de diffusion d'Objets Livresques non Identifiés) qui présente l'ensemble le plus important, des lettres A à M d'Alphabet. Il reste qu'a cause de cet éparpillement entre revues et éditions, en ligne ou sur papier, le lecteur aura du mal à prendre conscience de l'ampleur de cette entreprise textuelle, du moins jusqu'à la mise en place récente du site personnel de l'auteur ou sont référencées ses publications, si partielles qu'elles soient.
On s'interrogera sur cette inhabituelle convergence d'opinions favorables comme si chacun plus ou moins sciemment avait à cœur de reconnaître l'adéquation entre cette poésie et cette nouveauté technologique bouleversante qu'on en attende merveille ou qu'on la redoute, qu'est l'ordinateur. Or, jusqu'alors, l'écriture poétique s‘est adaptée, peu ou prou, se contentant de transposer dans le monde numérique les habitudes antérieures, comme si le mode de transmission était neutre : on a plus ou moins singé sur internet ce qui se passait auparavant, à l'instar de ces revues dites virtuelles qu'on feuillette sur l'écran avec en sus un bruit du papier. Il est possible que ce mouvement de d'admiration collective salue le premier poète à prendre la mesure de cette nouvelle technologie, à en tirer les conséquences sur le plan de l'écriture sans toutefois renier les acquis.
Expérience poétique autant qu'expérience de vie. Il semble diffîcile, au moins succinctement, de ne pas évoquer la maladie, dégénérative écrit-il, dont souffre le poète, qui ne lui a guère laissé le choix de ses moyens d'expression et, somme toute, de survie. Le miracle est qu'il a surmonté l'obstacle, su se saisir de la technologique - ordinateur mais aussi dictaphone et dragon, un logiciel de reconnaissance vocale - susceptible de lui laisser un domaine d'expression, la dominer pour en faire un instrument créatif, et qu'il soit ainsi devenu précurseur, dans une pratique d'écriture où la machine et la pensée se trouvent intimement associées comme je ne vois pas d'autres exemples.
Si singulière qu'elle soit, cette écriture n'en participe pas moins à un mouvement plus collectif, dont il me tarde de rendre compte (une prochaine Rumination peut-être ? Me freine à vrai dire l'ampleur de la tâche), qui dévalorise peu a peu, inexorablement, le modèle toujours dominant du poème, celui d'un jaillissement donné comme irrépressible, en vers libres, d'une commotion émotionnelle. Et dans ce retournement de tendance, s'impose l'exigence renouvelée de la forme, que celle-ci renvoie à des formes fixes et anciennes, revisitées sans doute (on pense aux sonnets de Jacques Roubaud, à ceux de Valérie Rouzeau, comme au récent polder de Guillaume Decourt : La Termitière7) ou a des formes nouvelles, à ce qu'on désigne plus volontiers par le terme de contraintes8. On pensera entre autres et à juste titre au vers justifié d'Ivar Ch'Vavar auquel fut consacré une précédente chroniques9, poète que Philippe Jaffeux désigne comme un de ses auteurs favoris. Décidément, quelque chose se dessine, qui appelle plus amples commentaires

5 - En effet, dans un mail récent, l'auteur évoque à présent un Courant IV - L'oubli.
6 - Mail du 16-12-2012
7 - Comme tout polder : 6€, à commander à l'adresse de la revue
8 - Sous cet angle, la chronique de Louis Dubost sur la Twittérature (Déchange N° 156) devient une pièce de ce futur dossier
9 - Ivar Ch'Vavar : L'invention de la poésie in Décharge 154.

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