Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

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COURANTS BLANCS : Le charme magnétique d’une écriture expérimentale

Philippe Jaffeux a de la suite dans les idées. Suite poétique, artistique et littéraire. Son nouveau texte, Courants blancs, s’inscrit en effet dans la continuité de ses précédents travaux d’écriture. En ouvrant ce qui se présente au premier abord comme un recueil d’aphorismes par une sentence qui renvoie clairement à O L’AN / (Atelier de l’agneau Editeur – 2013), l’écrivain poursuit ses expérimentations autour des lettres et de l’alphabet, où l’O, « quinzième lettre solaire » et figure circulaire parfaite, tient une place privilégiée.

Car les Courants blancs de Philippe Jaffeux, il faut bien le dire, tournent en rond. Alignés sur 70 pages, régulièrement rangés par séries de 26, des aphorismes se succèdent dans ce qui s’apparente très vite au mimétisme d’une pensée circulaire. Pas de début ni de fin à cette réflexion maligne sur le sens de la littérature, de l’art ou de la vie, mais un perpétuel recommencement qui s’abîme dans une quête de sens infinie. Ce mouvement constant entre l’a et l’? de l’écriture, entre la lettre et le texte, entre le son et le message nourrit ces courants blancs, qui déferlent dans le cours de l’oeuvre sans autre « eau » que le cercle qui les symbolise. Enregistrées avec un dictaphone numérique, les sentences poétiques de Philippe Jaffeux soulignent aussi tous les paradoxes de la pensée qui se développe en mots : son passage obligé par la parole, sa vocalisation, avant d’être dessinée, retranscrite en signes sur le papier. Enfin, autre force en mouvement, il y a, au point de croisement de la pensée intime et du texte partagé, la friction, nécessaire, entre un imaginaire singulier et un mode de pensée organisé selon différents codes linguistiques (syntaxe, orthographe, grammaire). Difficile alors de ne pas évoquer le mouvement induit au coeur de chaque phrase par la collision d’images. La définition de la beauté proposée par Lautréamont dans Les Chants de Maldoror« beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » – s’impose naturellement à l’esprit, tant chacun des aphorismes de Philippe Jaffeux paraît obéir à une esthétique surréaliste, dont le seul but semble être de redonner vie à la magie du verbe.

Remarquables d’intelligence, les Courants blancs de Philippe Jaffeux rendent un hommage conjoint aux sources latine et grecque de notre poésie. Grecque, parce que l’écrivain envisage le poème comme un bel objet, façonné, construit, assemblé, ainsi que le suggère initialement l’étymologie du mot ποίημα. Latine également, dans la mesure où l’auteur s’aligne sur la conception romaine de la poésie (carmen, inis, n) en rendant aux mots toute leur puissance incantatoire. Au carrefour de la tradition et de la modernité, Philippe Jaffeux, fabuleux sorcier du texte, modèle le matériau littéraire à sa guise et ce qu’il crée est fascinant. Pour peu que vous vous y plongiez, le charme magnétique de ces Courants blancs vous poursuivra longtemps.

De : Odile d'Harnois   Lancer une recherche
Par : http://lecturesaucoeur.com
Source article : http://lecturesaucoeur.com/2014/05/16/courants-blancs-le-charme-magnetique-dune-ecriture-experimentale

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