Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

philippejaffeux@hotmail.fr
 
 
Articles > Entretiens  >  "Poétique des Courants" Revue Décharge n°157

"Poétique des Courants" Revue Décharge n°157

Au regard de la difficulté à amener 1’auteur à s’expliquer, je suis fort satisfait de cette page, née d’échanges mails soutenus entre Philippe Jaffeux et moi : Cela sera peut-être très succinct car j'ignore moi-même la raison d'être de ce mot, m'avertissait-il d’emblée (mail du 9 décembre 2012), avant le lendemain de sembler carrément capituler
J'ai essayé en vain d'écrire un commentaire sur mes Courants. A mon avis, tout ce que je pourrais écrire serait défavorable à ces phrases qui essayent d'être spontanées, renversantes voire "intrigantes" (comme vous l'avez si bien noté).
Néanmoins, au fil du temps et des réponses, une véritable poétique s’est esquissée, par fragments, que 1'auteur a bien voulu relire, retoucher et finalement réécrire. Et je suis très heureux qu'il confirme dans ses réflexions d'aujourd'hui des hypothèses que j'ai d'abord suggérées dans les deux I.D que j'ai publiés à son propos.

C.V.

Du 10 au 15 Déc. 2012 :

J'ignore moi-même la véritable raison pour laquelle j'utilise le mot Courants pour nommer ces phrases qui sont aussi des lignes, vers, paradoxes, aphorismes ou des pensées.
J'écris des séries de 390 Courants pour faire écho au nombre de pages d'Alphabet; cette unique contrainte m'aide à rattacher ma présente inspiration à l'état dans lequel j'étais lorsque j'ai écrit Alphabet.
Mes Courants se rapprochent des aphorismes ou des paradoxes parce qu'ils s'appuient sur une contradiction. Ils essayent aussi d'avoir l'effet déstabilisant et renversant des Koans, liés aux illuminations et à l'éveil.
La thématique de mes Courants se limite souvent à la parole, l'alphabet, le silence, l'oubli, les nombres, le vide, les animaux, le papier, la marche, les ordinateurs...
Aucun de ces Courants n'a été écrit ; ils ont tous été enregistrés avec un dictaphone numérique et ma voix a été ensuite retranscrite grâce à un logiciel de reconnaissance vocale.
Des mots se rencontrent par hasard afin de créer un mouvement, c'est ainsi que je pourrai définir mon écriture.
Ce que j'ai voulu comprendre de la pensée chinoise, c'est que le mouvement surpasse l'espace et le temps.
Si j'ai utilisé le terme immédiateté au sujet de la lecture de mes Courants, c'était dans l'espoir de les rapprocher des illuminations subites du zen (la voie abrupte).
Ces Courants essayent aussi d'être alimentés par une énergie concrète, orientale, qui s'éloigne des concepts et spéculations de notre philosophie.
Le principal risque que je prends consiste toujours à essayer de me situer «entre». Entre l'informatique et la littérature, entre les mots et les images, entre les lettres et les nombres, entre internet et le papier, entre la joie et la souffrance. Cette position me permet d'être libre de ne pas faire de choix.

16 Déc. 2012

Je considère que je suis moi-même une production de ce que j'écris : je suis une création de mon Alphabet et de mes Courants avant d'en être le créateur. A ce sujet, la récente création d'un site personnel entre peut-être dans un processus qui me dépasse.
Il n'y a pas de contraintes secrètes qui présideraient à la rédaction de mes Courants. Comme à mon habitude, j'essaie de révéler un sens paradoxal avec des mots qui se font écho l'un l'autre dans une phrase courte ; c'est tout ce que je sais faire et cela n'entre peut-être pas dans le cadre de la « littérature »

17 Déc. 2012 :

Je sais qu'il n'y a pas d'auteur sans lecteur et que ce sont ces derniers qui sont, en fait, les véritables créateurs des livres. D'autant plus que j'écris dans l'espoir de devenir une création de mes textes plutôt que leur créateur. J'ai essayé de détruire l'écriture pour composer des images avec des nombres et des lettres. J'ai créé en détruisant et réciproquement afin que les révélations d'Alphabet ou de mes Courants se rattachent automatiquement à une disparition de mon ego... au risque d'engendrer un texte impersonnel. J'écris avec le fol espoir que les lettres m'inscrivent immédiatement dans une dimension spirituelle (divine, cosmique) et, en ce sens, mes textes peuvent peut-être trouver leur raison d'être dans la stature planétaire et unificatrice du web.
Je crois avoir compris (senti) votre activité pédagogique de découvreur ainsi que la dimension maïeutique qui émane de nos échanges de mails. En vous écrivant, je suis arrivé à clarifier les automatismes d'une méthode. Celle-ci s'appuie notamment sur des accumulations de mesures et de limites, des tentatives de mise en mouvement du texte et des expérimentations liées à une force interstitielle (le vide ?).
La figure exécutée par chacun de mes Courants (et des phrases d'Alphabet) se rapproche d'une révolte, au sens d'une volte-face. Des mots se rencontrent par hasard et se répondent l'un l'autre dans une phrase qui s'enroule autour d'elle-même afin de construire sa révolte.

P.J.

Par : http://www.dechargelarevue.com
4, rue de la Boucherie
89240 Egleny

Contact - Retour
 PRÉCÉDENT  PRÉCÉDENT  Du spirituel à l’art él... Entretiens Le logos « absen...  SUIVANT  SUIVANT