Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

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Le flotoir sur alphabet de A à M

Le Flotoir : 29 Janvier 2015 (extraits)

L’apprenti sorcier (Philippe Jaffeux) 
[Je continue à explorer l’entretien entre Philippe Jaffeux et Emmanuèle Jawad] Passionnante lucidité sur le processus créatif : « L’Apprenti Sorcier me semble être la seule histoire qui pourrait illustrer une partie de mon activité. Je jette souvent des mots en l’air sans savoir où ils vont retomber. Lorsque l’enchantement opère, ces vocables s’entrechoquent et ils deviennent incontrôlables. Mon écriture alors s’emballe d’autant plus qu’elle est électrisée et toujours accompagnée par de la musique, le plus souvent, frénétique… parce que tout est question de rythme et de rien d’autre, à mon avis. Je suis ensuite entraîné par mon intuition, par mes pulsions et peut-être par une forme d’autosuggestion qui se combine à un déluge de corrections irrépressibles ; mes divagations, digressions, improvisations prennent dès lors toute leur envergure. Lorsque je n’ai plus aucun ascendant sur moi-même ni sur le monde, il me semble que j’écris enfin pour m’attacher à mes peurs et pour leur donner un sens. » 
 
Modalités de l’écriture (Philippe Jaffeux) 
Je relève aussi ces mots qui pourront être précieux pour un futur entretien sur écriture et mouvement et par amitié aussi pour Philippe, pour garder trace de cela, ici : « J’écris peut-être tout cela grâce à mes déficiences neurologiques, qui ne me permettent plus d’écrire à la main depuis quinze ans, ni avec un clavier depuis deux ans. Dans le même ordre d’idée, ce sont d’abord mes longues et indispensables séances de verticalisation dans mon fauteuil électrique qui m’ont permis d’écrire (avec un dictaphone et un logiciel de reconnaissance vocale) mes deux séries de 1820 courants. En ce sens, la maladie a certainement été utile à mon travail d’écriture. » 
 
Une expérience de lecture 
À la question sur sa méthode de lecture posée tout récemment dans ce flotoir, Philippe Jaffeux me répond : 
« Lorsque j'ai écrit la phrase que vous citez, j'ai essentiellement pensé à Proust dont j'ai lu toute l'œuvre en un temps record, en me nourrissant et en dormant très peu. J'étais alors complètement sous l'effet d'une suggestion comme pour Céline d'ailleurs. […]  Mes séances de lectures, à l'époque, ressemblaient à de véritables performances qui me procuraient un immense plaisir ; j'essayais toujours de lire de plus en plus de pages par jour. C'est à ce moment que j'ai commencé à éprouver une admiration démesurée pour les écrivains que je lisais. […] si j'ai commencé à écrire c'est parce que j'ai arrêté de lire ou l'inverse. J'ai l'impression que j'ai converti l'énergie que je dépensais en lisant dans mon travail d'écriture. L'alphabet de l'écriture s'est substitué à celui de la lecture. Quoiqu'il en soit, il y a certainement eu une forme de transmutation d'énergie d'autant que j'écris dans un contexte qui est tout à fait comparable à celui dans lequel je me trouvais lorsque je lisais ; limites de temps, performance, concentration voire tension, mise à l'épreuve de mon corps, solitude absolue...et avec de la musique. » 

Le Flotoir : 26 Janvier 2015 (extraits)

Alphabet (Philippe Jaffeux)
Bel entretien de Philippe Jaffeux avec Emmanuelle Jawad sur le site libr-critique. Philippe Jaffeux dont je suis le travail depuis plusieurs mois avec le plus grand intérêt et que j’admire profondément, en raison de son œuvre et des conditions dans lesquelles il parvient à la construire, atteint qu’il est depuis des années par une maladie neurologique (il y fait quelques allusions dans cet entretien, raison pour laquelle je me permets d’en parler ici). Nous avons d’ailleurs en projet de réfléchir ensemble sur écriture et mouvement.  
Je note ces mots qui me touchent d’autant plus que ce matin j’ai recopié ligne à ligne une des pages d’un de ses livres, tout récemment paru,Autres courants, pour « l’anthologie permanente » de Poezibao. Je suis donc vraiment dans l’aura de son texte et de son écriture : « Mes textes sont toujours en devenir, ce sont des processus qui sont surtout liés à une pratique systématique du doute. J’hésite sur chaque mot que je m’apprête à écrire ou à prononcer. Alphabet n’invoque pas d’idéaux ou d’essences, il ne se réfère à aucun absolu. Si j’ai une méthode, elle consiste à essayer de me limiter à n’être rien d’autre que ce que je suis présentement en train de faire. J’essaie d’avoir une relation immédiate, instinctive, pulsionnelle avec des mots qui s’assemblent entre eux grâce au hasard et au chaos, qui est l’unique loi de mon écriture. Les phrases ainsi formées sont imprévisibles et, en retour, ce sont elles qui fabriquent ma pensée : je deviens alors aussi une création de mes textes. » 
Et à propos de ce projet sur écriture et mouvement : « L’énergie de mon travail est d’abord électrique car elle émane des ordinateurs. Mes nerfs éprouvent aussi du plaisir à être mis en éveil par le flux électrique de ces machines. Toute la dynamique de mes textes est soutenue par un alphabet électrique qui aspire surtout à être l’incarnation d’un mouvement, d’un élan transcendant et libérateur. » 
 
Lire (Philippe Jaffeux) 
Toujours attentive à tout ce qui concerne les modes de lecture pour ne pas dire le régime de la lecture, je suis très intriguée par cette phrase de Philippe Jaffeux : « Lorsque je lisais des romans, toujours très longs, je ne cherchais pas vraiment à m’évader mais à me retrouver dans un état d’hypnose proche de l’extase ou de la torpeur. Mes séances de lecture étaient des performances qui devaient s’effectuer dans des limites de temps. » 
 

Le Flotoir : 1 Octobre 2014 (extraits)

Lecture numérique
Philippe Jaffeux et certains de ses dispositifs textuels me poussent de nouveau vers cette question : quel effet a, très matériellement, la lecture chez le lecteur. Quel effet, très concret, ces trous qui apparaissent soudain dans la texture dense du texte (lettre B) ?
Et de là, dérive vers la question du support de la lecture.
Proust sur liseuse électronique, sur tablette, en livre de poche, dans une belle édition des années 30, en Pléiade : pour moi il y a de profondes différences. Elles interrogent à l’heure de l’entrée massive dans la lecture numérique : ma réception n’est pas la même.
Aujourd’hui j’aurais tendance à choisir la lecture numérique pour son côté pratique (accessibilité, annotations possibles, possibilité de copier/coller des extraits) et je réserverai plus volontiers le livre papier à la véritable expérience de la lecture.
L’idéal sans doute, l’alternance entre les supports. Exemple très concret : Philippe Jaffeux m’a envoyé les fichiers électroniques de Alphabet, lettre par lettre, pour que je puisse lire plus confortablement, le livre papier étant très lourd et particulièrement encombrant… eh bien, j’éprouve le besoin d’aller voir, régulièrement, le livre papier après avoir lu le fichier électronique. D’éprouver en quelque sorte via le papier ce que j’ai deviné, pressenti au-travers de la lecture numérique. De voir l’ensemble de la page aussi, telle qu’elle a été conçue (ici tout à fait volontairement, délibérément, au format d’impression inusuel pour un livre, le 21 x 29,7).

Le Flotoir : 30 Septembre 2014

Retour à l’alphabet (P. Jaffeux)
Lecture flottante qu’il est bon par exemple d’appliquer pour appréhender un livre-fleuve, un texte-flux comme cet Alphabet, de A à M, de Philippe Jaffeux. Chacune des lettres de cette première moitié de l’alphabet générant son propre système d’élucidation. Chansons-poèmes pour A, par exemple, et ici, dans B, « suite » de doubles lignes, ouvrant par un point, fermant par un point, articulées en deux phrases. Un dispositif qui semble bien établi, qui donne presque l’impression de ronronner quand advient soudain comme un léger trouble. En fait un blanc, un manque, qu’on pourrait très bien ne pas voir à première vue. Un trou dans la trame de la page, comme un trou dans un filet, qui aspire le lecteur dans une sorte de suspense. L'expansion d'un trou qui se fraye une voie de pionnier sur du papier désuet. Le texte alors donne l’impression d’accélérer et de se dramatiser.
Et soudain à l’horizon de cette démarche de Jaffeux, la page marbrée et plus encore la page noire de Tristram Shandy, évoquées par Peter Szendy. La page N de la section B est ainsi ressentie comme un vrai champ de bataille.

Le Flotoir : 23 Septembre 2014 (extraits)

Ponctuation (P. Jaffeux)
Il me semble d’ailleurs qu’il y a une vraie pensée de la ponctuation, une vraie recherche autour de ce thème dans l’œuvre de Philippe Jaffeux, mais pour la cerner mieux, il me faudra avoir parcouru l’ensemble de la première section publiée de Alphabet, en ses variations aussi nombreuses que les lettres. Mais dans la section B, chaque période de deux lignes est encadrée par un point ouvrant, étrange signe si l’on y songe, puisque en principe le point est dit final, il arrête un développement. On pourrait presque le dire mur, barrière. Il est parfois point de non-retour. Et là Jaffeux nous assène (dirait peut-être Szendy, mais je ne vois chez Jaffeux aucune violence) un point liminaire :
« .Un point final entraîne vingt-six chansons vers une suite qui accompagne le début d’un abécédaire dansant
un nombre agit sur le mouvement d’une image en ponctuant une lettre immobile avec des lignes contemplées. »(incipit lettre B)
? délimitation de séquences, des figures chorégraphiées de cet abécédaire dansant ?
Je note déjà que dans la section suivante, dévolue à la lettre C, les suites de phrases sont précédées d’une virgule renversée et se ferment par une virgule « normale » :
« ‘une citation centrée du hasart saborde la fin de six cent soixante-seize navigations alors qu’une virgule renversée sauve une respiration manuscrite, »
? et bien évidemment ce terme de respiration manuscrite interroge.
? tout cela que rend plus sensible la lecture croisée de Szendy et Jaffeux, y compris via la partie plus historique de son ouvrage où Szendy décrit les pratiques des anciens scribes, des moines copistes du Moyen-Âge, etc. Il y aurait à écrire, sans doute, une passionnante histoire de la ponctuation chez les poètes des XXe et XXIe siècle. On pense par exemple à un Pierre Garnier, aux signes (végétaux ?) dont Caroline Sagot-Duvauroux ponctue certains de ses livres, à l’absence de ponctuation chez Jean-Paul Klée, liste à peine ébauchée qui se développerait sans doute considérablement, au jeu des parenthèses, souvent emboîtées, chez un Roubaud, ou un Auxeméry. Les grands lecteurs des poètes américains, un Demarcq pour Cummings par exemple, ajouteraient certainement un pan entier à cette étude. Qui pourrait prendre la forme d’un simple index… mais qui dit index, dit entrée d’index et alors se pose la question de nommer ces pratiques et ces signes.

Le Flotoir : 18 Septembre 2014 (extraits)

Critique de poésie
D’un mail de Philippe Jaffeux :
« Les notes de lectures sur quelques sites (Poezibao, Libr-critique, Sitaudis notamment) sont importantes pour moi. Les livres perdureront d’une manière ou d’une autre mais les commentaires à leur sujet pourront peut-être prendre une autre forme grâce à Internet. C’est surtout en ce sens, après abonnement à votre newsletter, que votre activité me paraît être déterminante. L’ordinateur renouvelle notre approche des livres. Cette démarche s’installe dans une autre vitesse qui se rapproche peut-être de celle de la parole. Par ailleurs, Il y a aussi le développement des smartphones, véritables ordinateurs de poche, qui intensifient l’effet d’ubiquité lié à Internet. Bref, le travail de critique me semble prendre aujourd’hui un sens différent compte-tenu d’Internet et je vous félicite d’être parvenu à refléter cette réalité. »
Ma réponse :
Il ne faut pas se leurrer, la critique de poésie dans les grands médias traditionnels, déjà en berne, va mourir. Mais il y a une relève remarquable, inespérée peut-être, du côté d’internet, avec un double versant, d’un côté ce qu’on ne peut peut-être pas appeler la critique mais plutôt le commentaire de lecteurs anonymes, pas forcément qualifiés, mais qui sont des lecteurs, d’autre part la vraie critique littéraire. Je crois que les deux pôles ont leur rôle à jouer.

Apex innommable (P. Jaffeux)
Toujours sur le feu, ma lecture de Philippe Jaffeux, Alphabet et Courants.
Avec pour l’heure la lettre B de son monumental Alphabet : « une farandole kaléidoscopique de vocables prêts à se diriger vers un apex innommable »
? une formule qui condense à mon sens bien des aspects du travail de Philippe Jaffeux : kaléidoscope en effet, où semblent se mêler mille fragments repris dans des « découpes » différentes, insérés différemment dans le tapis et sans cesse en mouvements. Pari difficile, ici souvent tenu, que de mettre en mouvement une écriture, de la faire sortir du figé, de l’arrêt sur page à quoi la contraint sa nature même. Et cette recherche d’un apex innommable, apex qui pourrait bien être la visée ultime de l’œuvre, ce point de fuite, le point nodal de la coquille, tout de suite cependant taxé d’innommable, rendu donc à l’impossibilité de l’appréhender par les mots. N’est-ce pas tout le mouvement de la poésie contemporaine, ce sur quoi elle vient sans cesse déferler ?

Une mer d’octets (P. Jaffeux)
Section B, toujours et lettre B, redoublement du B, donc
Il y est question du « poids d’une mer d’octets insondables » qui « interroge notre propension à flotter sur les réponses d’une encre vague »
La dimension contemporaine n’est pas du tout occultée, bien au contraire, chez Philippe Jaffeux. Il y a une réflexion sur l’outil et le support, non plus tant le stylo et le papier (encore que ce dernier soit très présent) mais plutôt ce qu’il y a derrière ou dans la machine, ce flux ininterrompu de chiffres auxquelles nous confions le soin de dire le sens.
Mais cette vision n’est pas que négative, je le pressens, sans pouvoir pour autant le démontrer : « l’alphabet magnétise notre contact avec des octets en rejetant la froideur d’un ordinateur ». Une sorte de retour au plus petit dénominateur commun, au pied de la lettre. De même qu’il y a les quatre lettres des nucléotides de l’ADN. Cela dit, cette formule mer d'octets, me rappelle aussi la réponse reçue, il y a une douzaine d'années, d'un grand acteur du web, alors que je débutais dans cet univers. « Je ne suis pas là pour mettre des octets à la louche sur mon site » fut-il agréablement répondu à l'envoi d'un article sur la peintre Geneviève Asse et ses livres d'artiste exposés à la BNF !
? Je pense qu’il est bon de rêver, de divaguer, de tenter de penser à partir du texte de Ph. Jaffeux. Pas forcément de l’interpréter, période par période, mais plutôt de se laisser emporter par lui, un peu comme pris dans un flot dont on ne sait pas où il mène, mais qui peut amener à des découvertes, des plus humbles aux plus spectaculaires. Le lire comme on écoute de la musique, par moments.
Et nombreuses sont les formules, souvent alliage d’un mot et d’un adjectif, qui peuvent servir d’inducteurs. « La pente d’un flot de lignes descend une page afin de ponctuer l’éveil d’une limite avec une encre en sommeil. » ou bien encore « une ponctuation cosmique se dévoue au salut d’un second cycle qi attire vingt-six trous vers une suite noire » (section B, lettre C)

Le Flotoir : 14 Septembre 2014 (extraits)

De la lecture (Philippe Jaffeux et Sylvie Octobre)
Dans Alphabet, section A, une chanson de Philippe Jaffeux sur les yeux, mais autour du thème de la lecture, du lecteur : « Un lecteur ouvre le chemin / d’un art universel. »
Alors que je viens de lire un article dans Le Monde, à propos d’un livre de la sociologue Sylvie Octobre (beau nom qui mêle la forêt et les saisons !). C’est une étude très documentée « sur la façon dont la jeunesse, précisément les 15-29 ans, ont changé leur façon de se cultiver depuis vingt-cinq ans ». J’en extraie ces lignes:
« La lecture est en chute libre. Un seul chiffre, tiré d'un livre qui en publie des tonnes : seuls 19 % des étudiants lisaient au moins vingt livres par an en 2008, contre 49 % en 1988. Plus grave, dit Sylvie Octobre, c'est l'attachement à la lecture qui se perd. Pourquoi le livre, vécu comme un plaisir de la maternelle au primaire, devient-il un ennemi au collège ? “Parce qu'il est assimilé au manuel scolaire, au savoir contraint, et plus du tout au plaisir et à l'émotion, répond Sylvie Octobre. Le livre est l'arme du professeur pour évaluer, et pas pour savoir ce que l'enfant aime.” Un paradoxe : le livre reste central à l'école et absent dans l'imaginaire des adolescents.
Retour à Jaffeux, pour se consoler peut-être ? : La magie de l’écriture / crée du papier vivant / Au rythme de la lecture / les yeux voient leur élan. (“chanson” « Les Yeux », dans Alphabet, de A à M).

Alphabet (P. Jaffeux) : A
Il est vrai que je suis moins à l’aise avec cette première section et ses chansons. Parce que je les reçois au premier degré alors qu’il faut absolument les replacer dans l’édifice global, ce que je ne suis pas encore en mesure de faire. Le côté appuyé, voulu, du stéréotype, les rimes, le rythme (ce sont bien des chansons, avec leur refrain) me heurte, sans doute parce que ma boîte aux lettres est assaillie de poèmes de ce type mais sans 2ème degré, je peux l’assurer ! (avec parfois en prime, des injures comme ce matin ! l’injure suprême alors balancée via le mail étant l’élitisme).

Alphabet (P. Jaffeux) : B
Alors que je me retrouve comme chez moi ou presque dès la deuxième section, B, « abécédaire dansant ». « 26 lignes sur 26 pages, 676 lignes ou 338 phrases, chaque page débutant de plus en plus bas…. »
? il y a donc une forte contrainte, un jeu formel aussi avec le décalage progressif du bloc-texte du haut vers le bas de la page. Je pense à Roubaud bien sûr, aussi féru de poésie que de mathématiques.
Alliage de mots, un nom et un article, très récurrents. Par exemple chaos originel, vibrations géométriques, récit inquiétant, alphabet vertigineux, ordinateur imaginaire, cycle hypnotique.
Autant de couples qui donnent le la du texte, qui en montrent un aspect. Ainsi de cycle hypnotique. Il y aurait une lecture à haute voix à faire en ce sens, une lecture qui rendrait le côté hypnotique, répétitif. Cycle hypnotique un peu sans doute comme dans la musique répétitive d’un Phil Glass.
? je ne sais pourquoi, je pense à Opalka.
« .Vingt-six grimaces métaphysiques accentuent un jeu entre un alphabet absolue et l’angoisse d’un sens pestiféré »
Je retrouve ici un concentré des thématiques déjà abordées dans les Courants blancs : le jeu, l’alphabet, le sens

Le Flotoir : 29 janvier 2015

 
L’apprenti sorcier (Ph. Jaffeux) 
[Je continue à explorer l’entretien entre Philippe Jaffeux et Emmanuèle Jawad] Passionnante lucidité sur le processus créatif : « L’Apprenti Sorcier me semble être la seule histoire qui pourrait illustrer une partie de mon activité. Je jette souvent des mots en l’air sans savoir où ils vont retomber. Lorsque l’enchantement opère, ces vocables s’entrechoquent et ils deviennent incontrôlables. Mon écriture alors s’emballe d’autant plus qu’elle est électrisée et toujours accompagnée par de la musique, le plus souvent, frénétique… parce que tout est question de rythme et de rien d’autre, à mon avis. Je suis ensuite entraîné par mon intuition, par mes pulsions et peut-être par une forme d’autosuggestion qui se combine à un déluge de corrections irrépressibles ; mes divagations, digressions, improvisations prennent dès lors toute leur envergure. Lorsque je n’ai plus aucun ascendant sur moi-même ni sur le monde, il me semble que j’écris enfin pour m’attacher à mes peurs et pour leur donner un sens. » 
 
Modalités de l’écriture (Ph. Jaffeux) 
Je relève aussi ces mots qui pourront être précieux pour un futur entretien sur écriture et mouvement et par amitié aussi pour Philippe, pour garder trace de cela, ici : « J’écris peut-être tout cela grâce à mes déficiences neurologiques, qui ne me permettent plus d’écrire à la main depuis quinze ans, ni avec un clavier depuis deux ans. Dans le même ordre d’idée, ce sont d’abord mes longues et indispensables séances de verticalisation dans mon fauteuil électrique qui m’ont permis d’écrire (avec un dictaphone et un logiciel de reconnaissance vocale) mes deux séries de 1820 courants. En ce sens, la maladie a certainement été utile à mon travail d’écriture. » 

 

Le Flotoir : 26 janvier 2015

Alphabet (Ph. Jaffeux) 
Bel entretien de Philippe Jaffeux avec Emmanuelle Jawad sur le site libr-critique. Philippe Jaffeux dont je suis le travail depuis plusieurs mois avec le plus grand intérêt et que j’admire profondément, en raison de son œuvre et des conditions dans lesquelles il parvient à la construire, atteint qu’il est depuis des années par une maladie neurologique (il y fait quelques allusions dans cet entretien, raison pour laquelle je me permets d’en parler ici). Nous avons d’ailleurs en projet de réfléchir ensemble sur écriture et mouvement.  
Je note ces mots qui me touchent d’autant plus que ce matin j’ai recopié ligne à ligne une des pages d’un de ses livres, tout récemment paru, Autres courants, pour « l’anthologie permanente » de Poezibao. Je suis donc vraiment dans l’aura de son texte et de son écriture : « Mes textes sont toujours en devenir, ce sont des processus qui sont surtout liés à une pratique systématique du doute. J’hésite sur chaque mot que je m’apprête à écrire ou à prononcer. Alphabet n’invoque pas d’idéaux ou d’essences, il ne se réfère à aucun absolu. Si j’ai une méthode, elle consiste à essayer de me limiter à n’être rien d’autre que ce que je suis présentement en train de faire. J’essaie d’avoir une relation immédiate, instinctive, pulsionnelle avec des mots qui s’assemblent entre eux grâce au hasard et au chaos, qui est l’unique loi de mon écriture. Les phrases ainsi formées sont imprévisibles et, en retour, ce sont elles qui fabriquent ma pensée : je deviens alors aussi une création de mes textes. » 
Et à propos de ce projet sur écriture et mouvement : « L’énergie de mon travail est d’abord électrique car elle émane des ordinateurs. Mes nerfs éprouvent aussi du plaisir à être mis en éveil par le flux électrique de ces machines. Toute la dynamique de mes textes est soutenue par un alphabet électrique qui aspire surtout à être l’incarnation d’un mouvement, d’un élan transcendant et libérateur. » 
 
Lire (Ph. Jaffeux) 
Toujours attentive à tout ce qui concerne les modes de lecture pour ne pas dire le régime de la lecture, je suis très intriguée par cette phrase de Philippe Jaffeux : « Lorsque je lisais des romans, toujours très longs, je ne cherchais pas vraiment à m’évader mais à me retrouver dans un état d’hypnose proche de l’extase ou de la torpeur. Mes séances de lecture étaient des performances qui devaient s’effectuer dans des limites de temps. » 

De : Florence Trocmé   Lancer une recherche
Par : http://poezibao.typepad.com/flotoir/
Source article : http://poezibao.typepad.com/flotoir/

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