Philippe JAFFEUX

Créé le : 14/11/2012

philippejaffeux@hotmail.fr
 
 
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Alphabet de Philippe Jaffeux

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Alphabet de Philippe Jaffeux, ou l’homme

 qui murmurait à l’oreille des machines

Camille Bloomfield

Université de Paris 3, Sorbonne-Nouvelle

 

 

Résumé

Alphabet , de Philippe Jaffeux, est une œuvre fascinante qui consacre à chaque lettre située entre A et O une machine poétique popre. Dans O L’Anl (Atelier de l’Agneau, 2012), la machine est à la fois visuelle (chaque poème évoque la forme du CD-Rom), contrainte (le nombre de lettres et de mots y est aussi importante que le nombre d’occurrences du O dans certains mots, par exemple), combinatoire (par une syntaxe répétitive et alternée)… Le texte se fait litanie étourdissante, derrière laquelle on perçoit une sorte de mystique cryptée. On est en présence de Perec, mais aussi de Queneau, et de l’Oulipo en général.

Abstract

Philippe Jaffeux’s Alphabet  is a fasciating piece in which a distinct poetic machine is dedicated to each letter between  A and O. In O L’Anl (Atelier de l’Agneau, 2012), the machine is at the same time visual (each poem evokes the shape of a CD-Rom), constrained (i.e. the number of letters and words is as important as the number of times in  which O appears in certain  words), and combinatory (through a repetitive and alternate syntax)… The text becomes a dizzying  litany, behind which one detects a sort of cryptic mystique. We are in the presence of Perec, but also of Queneau, and of the Oulipo in general.

Mots clés : livre, poésie, contrainte, Jaffeux, alphabet, M, Perec, Oulipo.

 

 

 

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L’atelier de l’Agneau, un petit éditeur indépendant installé à Saint-Quentin de Caplong, en Aquitaine, publie depuis plus de trente ans des textes pointus, dont une large part de poésie expérimentale (poésie-action, performance), francophone ou en traduction. La maison a notamment accueilli des auteurs comme Eugène Savitzkaya, William Cliff, Vannina Maestri, Ivar Ch’Vavar, ou encore Jean-Pierre Bobillot, Edith Azam, Sylvie Nève, et en traduction les poètes autrichiens « concrets » Ernst Jandl et Friedrike Mayröcker, entre autres. Peu diffusée, et donc peu connue du grand public, elle constitue pourtant une référence sûre dans le milieu, et un lieu d’éclosion reconnu pour les jeunes poètes.

L’une des publications les plus récentes de l’Atelier de l’Agneau s’intitule O L’Anl, de Philippe Jaffeux (2012, coll. « Architextes »), et elle s’inscrit dans la droite ligne des littératures à contrainte recensées par Formules.

Le texte qui vient de paraître n’est pourtant qu’une infime partie- 1/15e exactement – d’une œuvre bien plus longue intitulée Alphabet. Le titre est familier à l’oreille perecquienne, puisqu’à une lettre près (le s final ici absent), il est identique à celui du recueil de poèmes où Perec, à sa manière toujours si méthodique et exhaustive, explorait en 176 onzains toutes les combinaisons  possibles des 10 lettres les plus fréquentes de la langue française (ESARTINULO), plus une des 16 lettres restantes1. Alphabets, Mireille Ribière et Bernard Magné l’ont montré dans le n°5 des Cahiers Georges Perec (Valence : Editions du Limon, 1992), était déjà, en soi, une véritable machine poétique dont la « complexité déroutante » (M. Ribière) avait de quoi surprendre le lecteur. C’est d’ailleurs une des œuvres de Perec qui a le moins rencontré son public. Si, au-delà du titre, les deux œuvres sont très différentes, le lien avec Perec n’est toutefois pas anodin.

A sa façon, Alphabet est également une machine poétique à la « complexité déroutante ». Le titre, en premier lieu. L’idée était courageuse d’intituler ainsi une œuvre : c’était en effet se mesurer- peut-être sans le savoir ?- à d’illustres prédécesseurs²… Paul Valéry, Max Jacob, Michel Leiris, Sonia Delaunay, Raymond Queneau ont eux aussi écrit des textes appelés Alphabet. C’est dire la fascination exercée depuis toujours sur les poètes â cette organisation à la fois simple, rigoureuse et si déterminante des lettres dans une langue. C’est dire aussi la fascination suscitée, particulièrement dans la modernité poétique, par l’unité sémantique de la lettre- que l’on pense aux recherches radicales des lettristes en la matière.

Dans Alphabet de Philippe Jaffeux, chaque lettre fait l’objet d’un texte, ou d’une série de textes fonctionnant comme une œuvre autonome (chaque publication, d’ailleurs, est pour l’instant pensée séparément), tout en s’insérant dans une logique d’ensemble que l’on découvre au fur et à mesure de la lecture de chacun de ces « chapitres » 3. L’auteur n’est point avare d’explications : chaque ensemble textuel est précédé de « notes » et de « précisions » qui semblent, comme l’a écrit Christophe Esnault dans un compte rendu de O  pour la revue Dissonances4, « du chocolat pour les thésards ». Ce sont en effet des indications toujours extrêmement détaillés sur la manière dont le texte a été écrit, sur les contraintes auxquelles il obéit. Mais tout comme le chocolat, de telles indications ne sont pas sans danger pour les thésards, car elles attirent à chaque fois leur œil vers

 

 

 

 

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une perspective précise, exhibée, le détournant donc de toutes les autres-  peut-être aussi intéressantes, peut-être même plus.

                La quatrième de couverture d’O indique en outre qu’Alphabet est « composé de 390 pages divisée en 15 lettres de 26 pages », et encore, dans une énumération d’étiquettes littéraires revendiquées : « Ce texte construit avec des formes et des mesures, essaye de se rapprocher à la fois de la poésie concrète, oulipienne, visuelle, numérique et expérimentale ». Mais est-ce vraiment le cas ? Interroger ces appellations peut être un bon point de départ pour aborder un texte foisonnant et riche d’interprétations possibles.

                O L’An/  se présente comme une série de 26 poèmes ultra-contraints disposés visuellement sous forme de CD-Rom. L’aspect « poésie visuelle » est donc évident, comme pour chaque lettre déjà écrite, où la disposition sur la page, toujours chargée sémantiquement, saute aux yeux. Ces poèmes contiennent chacun, comme l’indiquent les « notes » introductives, « 15 phrases exposant un mot de 15 lettres orthographié avec deux O » : on se situe d’emblée du côté de la contrainte « dure », pour reprendre l’opposition perecquienne entre contraintes « dure » et « molle »5 – et donc, aussi, dans un univers très oulipien.

                L’auteur va plus loin encore sur ce plan, explorant également par le biais de la contrainte le lien entre son texte et le temps : le sous-titre, L’An, provient du fait que dans son tapuscrit, le début de cette lettre correspond à la 365e page de Alphabet. D’autres éléments chronologiques jouent aussi un rôle quant à la forme du texte, qui prend, selon un rythme très précis, le format d’une date dans un calendrier annuel, marqué visuellement par le cycle jour/nuit :

               

Les huit dernières lettres de chaque phrase sont ponctuées par une barre diagonale afin de suggérer un jour, un mois et une année. La pagination, située au centre, est alternativement blanche ou noir pour correspondre au jeu du jour et de la nuit.

 

              De manière plus générale, ce sont des nombres et des unités de mesure qui structurent le texte et son format : les nombres  et , en plus de déterminer formellement le texte, apparaissent de nombreuses fois au cours du poème (respectivement 120 et 80), de même que 365 (56 fois). S’il est certain que 26 évoque le nombre de lettres de l’alphabet et 365 le nombre de jours d’une année, on peut s’interroger d’avantage sur le sens de 15. 15 est la position du O  dans Alphabet (et dans l’alphabet), mais c’est aussi le total du nombre de lettres du prénom et du nom de Philippe Jaffeux. Ceci n’est pas sans rappeler, parmi d’autres exemples possibles, Le Chiendent  de Raymond Queneau, où le nombre des sections (91, soit 7 X 13) était déterminé par l’ »arithmomanie » de Queneau :

 

               

 

 

 

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                En ce temps-là, je voyais dans 13 un nombre bénéfique parce qu’il niait le bonheur ; quant à 7, je le prenais, et puis le prends encore comme image numérique de moi-même, puisque mon nom et mes deux prénoms se composent chacun de sept lettres et que je suis né un 21 (3x7).6  

 

                On peut donc supposer que l’alliance du 365, du 26 et du 15 est l’ « image numérique » du lien qui unit Jaffeux, les lettres et le temps. D’autres unités temporelles sont très présentes par la mention du mot les désignant – « jour » apparait 14 fois, « an » 57 fois7 – et d’autres chiffres, également : j’invite les plus mathématiciens d’entre nos lecteurs à déterminer le sens de leur présence. 8 L’aspect matériel des supports imaginés fait aussi office d’unité de mesure dans Alphabet, puisque le poids du papier (« 100g », « mesuré sur une impression en recto seul »9 ), le format prévu (21 x 29,7), et jusqu’à l’épaisseur d’un CD-Rom dans le cas de O L’An/ (« jusqu’à 1,2mm »10) influent sur la composition du texte.

                Déjà très contraint, le texte s’avère l’être encore davantage, puisque les précisions se poursuivent :

 

                Chaque pas contient 30 O et 60 barres diagonales qui séparent 120 lettres. La lettre O se termine, en fait, sur la 11e ligne de la page Y car celle-ci comptabilise 365 mots avec 2 O, soit la fin d’un an. Les 25 derniers mots, à consonance musicale, ne sont pas des vocables de 15 lettres mais ils contiennent tous 2 O. Le diamètre approximatif d’un cédérom est mis en correspondance avec les 12 mois d’un an (1ère ligne de la page A par exemple). Les mesures récapitulatives sont : des pages (et des cercles ou cédéroms), dates, lettres composant les dates, traits (ou barres diagonales), lettres O (ou o), octets, lignes, interlignes, phrases et mots. L’épaisseur approximative d’un cédérom est de 1,2mm (8e ligne de la page A par exemple). Les contours du cédérom disparaissent sur la page Z.

 

                Si l’on pense à Perec, Queneau ou Roubaud11 au sujet de ce traitement « affectueux » des nombres dans la littérature, on s’en éloigne pourtant quant à la façon dont ce montage numérique est affiché d’emblée, explicité avant même que l’on entre dans le texte – alors que la question de la visibilité de la contrainte est plutôt une discussion récurrente au sein de l’Oulipo, que chaque auteur résout à sa manière, mais rarement de façon aussi explicite que Philippe Jaffeux. Ici, elle n’est point en débat, bien au contraire : elle est tellement visible qu’elle en « écrase » presque le texte.

               

 

 

 

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                On est donc tenté de dépasser la fascination exercée par la contrainte, et de se demander : si la contrainte n’est pas cachée, que cache-t-elle ? Quelle est sa fonction ? Quelques éléments de lecture se dégagent des lettres existantes. Premier point : la contrainte, ou plutôt, devrait-on dire ici, la « sur-contrainte », permet, comme à Perec en son temps, d’échapper à la tentation du lyrisme. Est-ce la modestie, la pudeur d’un je lyrique qui ne se veut pas au centre d’une recherche portant avant tout sur la langue ? Peut-être, mais on peut y lire aussi un désir de création d’un monde totalement autre, libéré par la contrainte – un monde où l’alphabet, bien loin de toute sage abécédaire, servirait de point d’ancrage aux plus folles divagations et à une recherche quasi-mystique dans laquelle l’homme et la machine s’inventeraient de nouveaux rapports. Parfois, et selon les lettres, on perçoit une structure syntaxique récurrente, dont la base serait :

 

Article + nom + adjectif (+ complément de nom) + verbe + complément d’objet direct ou indirect.

 

                Parfois, la syntaxe se simplifie encore, et d’autres fois, bien sûr, elle se complexifie considérablement, mais elle fonctionne toujours par blocs harmonieux de phrases, évoquant une sorte de combinatoire syntaxique étourdissante, lancinante, et éminemment rythmique. Voici, par exemple, un extrait du premier poème de O L’An/ (où l’on ne reproduit que le texte sans tout à fait respecter sa disposition) :

 

Le jeu immuable d’un vide kaléïdOscOpique date l’espace immobile d’une 15e dimension ci/ re/ul/aire L’épaisseur d’un cédérom conformiste annualise aussi la mesure millimétrée d’un calendrier révolut/iO/nn/aire/ L’énergie de 26 étoiles excentriques s’apprête à paginer les unifOrmisatiOns quotidiennes d’un chaos n/um/ér/ique/Les origines prOpriOceptives d’un trou localisent les buts d’une planète insensible à la rotation d’un sens autour d’un cédérom dé/so/ri/enté/

 

                Si l’on lit attentivement, pourtant, si l’on s’acharne à lire – car Philipe Jaffeux défie la lissibilité, tant l’œil est invité à « regarder » le texte et à le « psalmodier » plutôt qu’à l’étudier – on y trouve quelques débuts d’aveux. La dédicace d’Alphabet, par exemple, est étonnamment intime par rapport au reste de l’œuvre : « A la mémoire de mon père, Paul Jaffeux ». Ou encore : la lettre D12  (sous-titrée « Entretien ? ») met en scène un dialogue entre « je » et « tu » - c’est l’un des seuls textes où apparaissent des silhouettes de personnages, où un « je » peut-être autoctorial se dévoile, et encore, de façon minimaliste. On y lit :

 

                Es-tu accessible ? Ce mot est un obstacle à la définition d’un entretien des lettres

Plus loin :

               

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Es-tu caché ? Je sous-entends les mots noirs que j’écris pour parler à la lumière d’un nombre

Et encore :

                Es-tu franc ? Je m’ouvre à ta mesure perfide pour ceinturer la taille de mes réponses bouclées

Je serre entre mes doigts le relâchement d’un art contraint à se libérer de ta question hypocrite

 

                « Ceinturer les réponses », dans un art « contraint à se libérer de ta question », qui refuse l’accessibilité (« un obstacle ») mais qui dit des « mots noirs »… Il faudrait un Claude Simonet ou un Bernard Magné pour transpercer l’opaque rideau de chiffres de Philippe Jaffeux.

                Une grande violence se dégage en tous cas de cette accumulation de contraintes, de cette densité de références et de réseaux sémantiques entremêlés, même si quelques moments de grâce permettent au lecteur de reprendre souffle de temps à autre, comme lorsque surgissent de jolies inventions langagières – tel ce « hasart » récurrent, dont l’orthographe renouvelée (ou plutôt retrouvée) révèle le potentiel artistique. Mais ce n’est qu’une mention, qu’un signifiant, puisque le hasard lui-même ne semble pas jouer de vrai rôle dans l’œuvre. On entend la violence par éclats fugitifs, comme si elle échappait parfois au contrôle pourtant si attentif du poète : « sur 17 576 signes j’écris un cri », ce « cri infini », ce « cri numérique », ce « cri obscur » et « héroïque »13, dans lequel on devine une souffrance enfouie. On la voit, aussi, puisque la lettre N présente des mots disloqués, séparés d’eux-mêmes par des blancs, déchirés dans leur harmonie visuelle par des exposants inattendus. Cette violence, c’est peut-être celle de la maladie qui ronge l’auteur, qu’il ne mentionne jamais et sur laquelle il tient à rester discret. Mais la différence entre la vie et l’œuvre reste importante, puisque, est-il précisé dans « Notes et précisions sur la mesures d’Alphabet » : « toutes les distorsions visuelles, graphiques et orthographiques contenues dans Alphabet sont volontaires ».

                Enfin, si l’on tire le fil herméneutique de la poésie numérique, d’autres éléments s’éclairent progressivement. Ce n’est pas tant que la lettre O évoque le CD-Rom et la lettre M des disquettes d’ordinateur : ces deux supports, totalement désuets aujourd’hui, ne peuvent être, somme toute, qu’un clin d’œil à l’histoire de l’informatique plus qu’un élément de poésie numérique. Ce n’est pas non plus que le lexique de l’informatique sature le texte (octets, ordinateur, numérique, cédérom sont des mots extrêmement récurrents), bien que cela confère évidemment une présence importante à la machine dans l’œuvre. C’est plutôt, d’avantage que tout ce que l’on vient de mentionner, le rapport étonnant, fusionnel, qui se noue entre l’homme et la machine, inversant soudain leurs rôles, en inversant d’abord leurs mots. Ainsi dans Alphabet, les octets sont « troublés » ou « angoissants », l’ordinateur a un « ton », les pages ont des « nerfs ». A l’inverse, l’homme, totalement absent du texte lui-même, est celui qui programme (son projet poétique), tape sur un clavier (ses lignes mesurées), calcule (ses lettres, ses mots, ses phrases). La poésie faite machine ? Confronté à cette proposition, Philippe Jaffeux répond : « Oui…Mais Alphabet essaye de monter les pièces d’une machine vivante (joyeuse) ; en fait, le contraire d’une machine mais qui reste néanmoins une machine ! »14

               

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                Ce sui est vivant, dans cette machine poétiquen est en tout cas la mystique qui se cache derrière les chiffres. Philippe Jaffeux croit se démarquer, en cela, des Oulipiens, « parce que Alphabet essaye, avant tout, d’évoluer dans une dimension spirituelle, cosmique (voire divine ou mystique) ».15 Mais comment ne pas penser là encore, au « spiritualisme » de Queneau ? Comment ne pas se rappeler, en lisant la lettre H (au sous-titre perecquien Mode d’emploi), ponctuée par les hexagrammes du Yi-king, à Morale élémentaire,16 qui en est tellement nourri aussi ? Et si le pythagorisme est un mysticisme, alors on peut affirmer, avec Yannick Torlini, qu’il s’agit d’une

 

                […] mathématique folle proche du pythagorisme (si, selon Pythagore, le monde est fait de chiffres, le texte de Philippe Jaffeux abonde dans ce sens : les univers informatiques ne sont-ils pas constitués de suite de 1 et de 0 – ou bien de O ?), nécessité de tourner en rond dans la langue et le temps de la langue pour « s’en sortir sans sortir » (Ghérasim Luca), le livre s’inscrit dans un espace et une temporalité sans cesse réinventés et ressassés, visant à réellement (re(matérialiser la langue et le discours.17

 

                On comprend mieux, dès lors, l’aspect incantatoire de certains textes, la litanie de certains rythmes, et l’on accepte mieux une certaine part d’indéchiffrables. On se prend à imaginer un chœur de voix métalliques lisant d’un seul tenant des vers comme : « Une ratiOnalisatiOn alphanumérique du chaos mélange 290 304 octets mystiques à l’inspiration d’une 19e page inc/la/ss/able ». Et l’on se dit que Philippe Jaffeux a créé, avec Alphabet, une œuvre circulaire, tératologique, aussi froide et machinale que personnelle et empreinte d’émotion contenue, une œuvre oulipienne, certes, mais pas seulement : mystique, visuelle, sonore, une œuvre qui échappe aux étiquettes, en somme, qui mérite d’être lue avec la précision que sa richesse même recquiert.

 

 

1 Soit seize suites de onze onzains dits « hétérogrammatiques », puisque jamais une lettre ne peut se répéter au sein du même vers. L’œuvre perecquienne est souvent associée aux poèmes de La Clôture (publiés dans La Clôture et autres poèmes [Paris : Hachette, 1980]) – eux aussi hétérogrammatiques et réalisés à partir de la suite de lettres ESARTILUNOC – et de Métaux (Métaux, sept sonnets hétérogrammatiques accompagnés de sept graphisculptures e Paolo Boni [Atelier R.L.D., 1988, édition de luxe à tirage limité]).

2 Le catalogue général de la BnF ne recense ainsi pas moins de 61 imprimés dont le titre est Alphabet – chiffre dont il faut retrancher, pour avoir une idée plus juste du nombre de textes à proprement parler littéraires, tous les abécédaires et imagiers autour de l’alphabet, soit environ 50% d’aintre eux, au moins. Ce résultatest obtenu en faisaint une recherche par équation dans le catalogue des imprimés, sans les périodiques (« TIT = alphabet »).

3 Les textes existants sont ceux correspondant aux lettres de A à O.

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4 http://revuedissonances.over-blog.com/ , rubrique «A suivre (coups de cœur) » (sans date).

5 Voir Georges Perec, « Entretien Perec/Jean-Marie Le Sidaner», Entretien et Conférences, Dominique Bertelli  et Mireille Ribière, eds (Nantes : Joseph K., 2003), t.II, p.96.

6 Raymond Queneau, Bâtons, chiffres et lettres (1950) (Paris : Galimard, coll. « Idées », 1964), p.29.

7 On inclut, dans ces décomptes, le paratexte des « notes » et « précisions », où 365 apparaît deux fois, 26 une fois, et 15 trois fois – pour le cas où certains relecteurs précis voudraient ne pas les prendre en compte.

8 Le « 12 » apparaît ainsi 12 fois, le « 30 » 51 fois, etc.

9 Dans la lettre « A préface ». Voir le site de Philippe Jaffeux, où l’on peut lire l’ensemble des lettres  d’Alphabet non encore publiées : www.philippejaffeux.com (consulté le 13 Janvier 2013).

10 Philippe Jaffeux, O L’An/ (Saint-Quentin de Caplong : L’atelier de l’Agneau, coll. « Architextes », 2012), non paginé.

11 Véronique Montémont parle à propos de Jacques Roubaud d’ « amour du nombre », de « rapport affectif que l’auteur entretient avec les nombres et […] la manière plus ou moins scientifique dont il les manipule, les personnifie, puis les utilise pour construire ses ouvrages de prose et de poésie » (Véronique Montémont, Jacques Roubaud, l’amour du nombre [Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion, 2004], p.323).

12 Aimablement communiquée par l’auteur, et non publiée pour l’instant, sauf sur son site personnel.

13 Dans « M 17576 », premier poème.

14 Courriel de Philippe Jaffeux à l’auteur du 15 janvier 2013.

15 Ibid.

16 Claude Debon a en effet découvert dans les dossiers génétiques de Morale élémentaire, en marge des annotations manuscrites, les mentions « Khièn » et « Khouen » (les deux premiers « Khouâ » du Yi-King), ce qui a donné lieu à une relecture complète de l’œuvre de Queneau par certains critiques, à l’aune de cet éclairage mystique. Voir, entre autres, l’article de Brunella Eruli, «  Pour une morale élémentaire : Queneau et le Yi-King », Trames (« Lectures de Raymond Queneau ») (1, 1987), pp.35-66.

17 Yannick Torlini, « Tapages a reçu : O L’An/ de Philippe Jaffeux » (14 novembre 2011),  http://tapages.over-blog.fr/article-tapages-a-re-u-o-l-an-de-philippe-jaffeux-88697881.html.

 

De : Camille Bloomfield   Lancer une recherche
Source article : http://www.academia.edu/10810168/Alphabet_de_Philippe_Jaffeux_l_homme_qui_murmurait_a_l_oreille_des_machines

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